21.04.2026
Joyeuses Entrées : entre héritage historique et rencontre avec les citoyens
Dans les prochains mois et jusqu’en 2027, le Grand-Duc et la Grande-Duchesse effectueront une série de Joyeuses Entrées à travers les différentes régions du pays, à la suite de l’avènement au trône.
Joyeuse entrée du Grand-Duc Jean à Esch-sur-Alzette, le 7 mars 1965
© Photothèque de la Maison grand-ducale / Roger Prospert
Traditionnellement associées à une nouvelle étape dynastique, les Joyeuses Entrées constituent des moments privilégiés de rencontre, d’échange et de proximité entre Leurs Altesses Royales et la population, en présence des autorités locales et des forces vives du pays. La première de ces étapes aura lieu le 24 avril 2026 à Esch-sur-Alzette, marquant le début de cette tradition renouvelée.
Une tradition médiévale au cœur de la relation entre souverain et population
Les Joyeuses Entrées plongent leurs racines dans le bas Moyen Âge. Le souverain entrait dans la ville, se montrait à ses sujets, recevait leur hommage et, en retour, reconnaissait leurs droits, leurs libertés et leurs privilèges. Dans une société où l’écrit restait réservé à une minorité, cette apparition solennelle avait une force immense : elle rendait le pouvoir visible, tangible, presque théâtral. La Joyeuse Entrée était bien plus qu’un cortège fastueux : elle constituait un moment fondateur, où le prince et le pays se reconnaissaient mutuellement.
En Brabant, au XIVe siècle, cette tradition prit une portée juridique remarquable lorsque les villes exigèrent de Wenceslas de Luxembourg, duc de Luxembourg et de Brabant, une confirmation écrite de leurs privilèges avant de reconnaître leur nouveau duc. La Joyeuse Entrée devint alors à la fois une cérémonie et une charte, parfois considérée comme une forme de constitution avant l’heure.
Joyeuse entrée du Grand-Duc Adolphe à Luxembourg-Ville, le 24 juillet 1891.
© Photothèque de la Maison grand-ducale / Charles Bernhoeft
Du rite politique à la fête nationale : une évolution progressive
Au Luxembourg, cette tradition s’inscrit elle aussi dans une histoire longue. Dès la charte accordée par la comtesse Ermesinde en 1244, les comtes puis les ducs furent appelés à confirmer les privilèges de la capitale lors de leur avènement. D’abord unilatéral, ce geste évolua au début du XVe siècle vers une relation plus réciproque : le prince confirmait les libertés du pays, tandis que les sujets lui prêtaient ensuite hommage.
Du XVIe au XVIIIe siècle, les Joyeuses Entrées conservèrent leur fonction d’accueil solennel. Il ne faut toutefois pas y voir, à toutes les époques, une obligation formelle et systématique de serment réciproque entre souverain et sujets. Même Napoléon s’inscrivit dans cette continuité lorsqu’il fit son entrée à Luxembourg en octobre 1804.
Joyeuse entrée du Grand-Duc Adolphe à Luxembourg-Ville, le 24 juillet 1891.
© Photothèque de la Maison grand-ducale / Nicolas Gary
Avec la création du Grand-Duché au XIXe siècle, la tradition se maintint sous la forme d’une visite inaugurale, destinée à présenter à la population le nouveau souverain, son lieutenant-représentant ou son héritier. Les Joyeuses Entrées prirent une ampleur particulière sous Adolphe de Nassau en 1891, lorsque plus de deux cents sociétés musicales, chorales, sportives et civiques participèrent au cortège, donnant à l’événement l’éclat d’une grande fête nationale.
Les Joyeuses Entrées ont donc quitté le registre du serment politique pour devenir un rite populaire de rencontre et de proximité. Cette évolution ne signifie pas qu’elles aient été organisées de manière systématique : sous la Grande-Duchesse Marie-Adélaïde comme sous la Grande-Duchesse Charlotte, pour des raisons multiples, elles n’eurent pas lieu.
Joyeuse entrée du Grand-Duc héritier Guillaume et de son épouse, Marie-Anne de Bragance, à Luxembourg-Ville, le 22 juillet 1893.
© Photothèque de la Maison grand-ducale / Charles Bernhoeft
Une tradition renouvelée au service de la rencontre avec les citoyens
Sous le Grand-Duc Jean, en 1964 et 1965, les Joyeuses Entrées prirent la forme d’une tournée dans les chefs-lieux des cantons, transformant l’avènement en célébration partagée à travers le pays. Le Grand-Duc Henri reprit cette formule en 2001 et 2002, avec des visites organisées dans les principaux centres du Grand-Duché.
Pour l’avènement du Grand-Duc Guillaume, la tradition se renouvelle encore : le nombre de déplacements est réduit et la tournée n’embrasse plus systématiquement tous les chefs-lieux, même si Esch-sur-Alzette retrouve la place inaugurale qu’elle occupait déjà sous le règne du Grand-Duc Jean.
Joyeuse entrée du Grand-Duc Jean à Esch-sur-Alzette, le 7 mars 1965.
© Photothèque de la Maison grand-ducale / Roger Prospert
Ainsi, malgré l’évolution des formes, une même idée demeure : accueillir publiquement le souverain et inscrire son règne dans le regard du pays. Le cœur du rite s’est toutefois déplacé. Jadis liées à l’échange de serments et à la reconnaissance des droits et privilèges, les Joyeuses Entrées relèvent aujourd’hui avant tout d’une fête civique, symbolique et rassembleuse.
Activités | S.A.R. le Grand-Duc
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